vendredi 22 novembre 2013

Préface de Dominique Durozier pour le roman l'ILLUSTRE BARAQUE.


« Les baladins qui serpentent les routes

Qui sont-ils donc dans leurs costumes d’or ?

Des vagabonds ou des dieux en déroute ?

Ils n’ont que des chansons pour seul trésor ».

 


Chanson, théâtre, baladin, saltimbanque et j’en passe, beaucoup de mots qui ont en commun une passion, une folie : la liberté.

Fils, petit-fils, arrière et arrière-petit-fils de saltimbanques, de briseurs de chaînes sur les places publiques, d’acteurs nomades, j’ai grandi dans le milieu des théâtres ambulants qui sillonnaient la France. Trois mois par-ci, trois mois par-là, changeant d’école au même rythme, bravant le rejet des communautés sédentaires en construisant des amitiés éphémères mais sincères, ignorant la bêtise pour exister …quelle vie pleine d’enseignements !

Cela a duré jusqu’au début des années soixante où la télévision et les moyens de transport ont éloigné le public de ces lieux de culture et de plaisirs

Mais lorsque le besoin d’aller vers les autres est pratiquement inscrit dans les gènes, lorsque le théâtre semble la seule activité susceptible de nous rendre heureux, on regroupe les jeunes du clan et on repart sur les routes, de salles des fêtes en salles polyvalentes, de granges en théâtres à l’italienne, de places publiques en cours d’écoles, proposant du Molière, du Brecht ou du Pirandello, osant tout au nom du théâtre populaire, ne retenant que les jours fastueux aux jours de galère… inconscients des réalités de la vie.

Alors aujourd’hui quand mon amie Danielle me propose la préface du roman qu’elle écrit avec trois autres passionnés, tout ce passé remonte en moi comme autant de folies.

La décentralisation théâtrale ne s’est pas faite à coup de milliers de francs. La plupart du temps c’était avant tout des passionnés fauchés, privés des aides des collectivités locales, qui apportaient le théâtre dans les lieux les plus reculés de l’hexagone. De 1970 à 1990 environ, nous avons parcouru le sud-ouest avec

 le désir de sortir les gens de leurs maisons, de leurs écrans ; mais ce rêve fou prenait sans cesse des coups : combien de salles vides, combien de spectateurs vacanciers irrespectueux plus bruyants qu’une colonie de vacances. Mais il y avait aussi ces rencontres merveilleuses, ce regard d’enfant qui découvrait le théâtre, ce spectacle vivant.

Et il m’arrive parfois au cours d’une discussion qu’un adulte se souvienne m’avoir vu sur la scène lorsqu’il était collégien ; tout cela me fait oublier les galères et le mépris de certains bien- pensant dont l’éternelle question était : «  Mais vous avez un métier, vous ne vivez pas de çà ? »

Non, nous ne vivions pas de « çà » mais nous ne vivions que par et pour « çà ».

Les costumes d’or des baladins ne sont visibles que pour les yeux des spectateurs émerveillés. Mais ils sont dans le cœur des saltimbanques.

 
Dominique Durozier.   
  
 
Pour illustrer le beau texte de Dominique,
je me suis permis de rajouter une photo de ses grands-parents sur scène,
et son projet de salle itinérante:
LA PETITE BARAQUE.
Puisse-t-elle trouver son souffle.
 
 

1 commentaire:

  1. c'est vraiment un beau texte, très touchant en outre, le théâtre à l'état pur.... et ce qui est formidable, c'est que la famille Durozier perpétue cette passion.
    encore une fois, dommage que je sois si loin,et si occupée, mais je vois une lueur à l'horizon, je t'en parlerai perso
    mes mille bises, claudia

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